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Philippot : "il faut fermer boutique"

D 19 décembre 2006     H 07:12     A François Rygaert (aka Suske)     C 1 messages


Le grand patron de la société audiovisuelle de service public belge francophone a un éclair de lucidité. C’est dans "Le Monde". "Le Monde" est un "grand média". Donc ça doit être vrai. [1]

Bien sûr, ces quelques mots sont précédés d’un énoncé conditionnel, qui serait risible d’ailleurs s’il n’était le fait de la personne chargée de l’application de la mission de service public. La phrase complète ?

"Si le service public ne peut plus interpeler, il faut fermer boutique". On a presque envie d’ajouter : "Na !".

Pauvre service public qui ne peut plus interpeler... C’est quand même pas de leur faute s’ils n’ont pas pensé que leur cinéma de la semaine passée aurait de telles conséquences. Eux, ils sont gentils, ils voulaient juste que le citoyen puisse se saisir du débat. Ils savaient pas que "le citoyen" n’existe pas et que parmi "les citoyens", un nombre considérable ne verraient pas le logo de "Tout ça ne nous rendra pas le Congo...", l’émission qui cartonne tellement que tout le monde la connait, surtout son logo, et que donc tout le monde sait qu’elle ne dit que des inepties... [2]

"Si on ne peut plus rire..." disent les jeunes cons qui ont trouvé drôle de tirer la chaise en arrière au moment où leur condisciple allait s’assoir... "On ne savait pas que la fracture du coccyx était si douloureuse", ajoutent-ils parfois en guise de circonstance atténuante. C’est à ce niveau-là que se situe M. le top manager dans les colonnes virtuelles du "quotidien de référence" hexagonal. Pitoyable.

Amusant, par ailleurs de faire le tour du dossier que ce quotidien consacre à cette zouaverie.

Dans "Fragile Belgique" , on apprend que "Seules les personnalités politiques flamandes ont en effet applaudi le travail de la RTBF. Selon elles, les réactions ont montré que si la Belgique éclate un jour, ce sera la faute des Wallons, qui refusent le changement.".

Ce double raccourci est saisissant. Que les flamands apprécient peu le "on n’est pas demandeurs d’une réforme" francophone est un fait. Le proposition sur le thème "la faute des wallons" est déjà plus un classique de la rhétorique des nationalistes de tous bords, qui sont associés à la plupart des formations politiques mais n’en sont néanmoins pas les leaders, que je sache. Enfin, tout cela est mis sur le compte des "personnalités flamandes (qui) ont applaudi". Splendide assimilation de la position de toute la classe politique flamande à celle du VB, parti d’extrême droite, raciste, xénophobe et national-indépendantiste. Bravo.

Car enfin, même si le président de Spirit (associé aux socialistes flamands) a estimé l’exercice courageux et fondé, même si le président de la Nouvelle alliance flamande (associée aux chrétiens démocrates), a estimé que le scénario était plausible mais pas dans cette forme rocambolesque, les personnalités politiques flamandes n’ont certes pas toutes applaudi ! Ma perception subjective de téléspectateur occasionnel de la télé flamande, c’est plutôt que ces gens étaient fâchés...

Dans le même éditorial, il est bien entendu affirmé que la Flandre est en pleine "expansion économique" alors que la Wallonie est "frappée par la dépression" (nerveuse ?). La montée à 25% du VB est bien sûr causée par cet incontestable fossé aggravé du refus wallon de se réformer. Le racisme et la bêtise humaine ne sont donc pour rien dans la montée de ce parti de dingues frustrés professionnels de la communication. Ouf. La complaisance médiatique à leur égard n’y est pour rien non plus. Re-Ouf.

Enfin, on apprend que la Royauté et l’Union européenne concourent à l’unité du pays. Cette dernière parce que ses institutions basées à Bruxelles ont tout à craindre d’une "Belgique balkanisée" (sic) et que "tous les belges le savent" (re-re-sic jusqu’à l’étranglement).

Dans le même dossier, on trouve "La télé belge tétanise le pays en annonçant la fin du royaume". Je le lis avec intérêt en me demandant quel peu bien être le coup d’oeil français sur l’épisode. Au fil des lignes, je trouve que finalement la narration est fort proche de ce qui se dit chez nous... A la signature, je comprends. Le papier est de Jean-Pierre Stroobants [3] . :-)

Trois des quatre textes sont de sa plume d’ailleurs. C’est donc aussi grâce à lui que vous pourrez vous faire une opinion "objective" quant aux "réactions politiques virulentes"... Le choix de ce terme, en titre, indique pour ma part que la solidarité n’est pas morte : elle existe entre "grands médias de référence"...


Voir en ligne : "Si le service public ne peut plus interpeller, il faut fermer boutique", autojustification Philipotaine dans "Le Monde". Toute ressemblance avec des autojustifications adolescentes serait purement fortuite.


[1Vous voudrez bien excuser l’emploi de cette pirouette exécutée même par des "grands médias" et qui consiste à dévoyer le contenu de la pensée de la personne qui s’exprime en coupant son discours "malencontreusement à un endroit inapproprié...", à l’insu de son plein gré probablement.

[2En fait, une émission "de société" assez sérieuse, quoiqu’au ton décalé, moins courue et beaucoup plus irrégulière que le tirage de l’Euro-million, sorte d’héritière sociologique de l’antique "Strip-tease".

[3Ex Rédacteur en chef du Soir, le quotidien de référence belge francophone ;-)

1 Messages

  • Bon, ben, j’ose ?
    C’est un peu facile parce qu’il y a deux mois que j’ai plié mon antenne en deux et l’ai foutue à la poubelle, et donc j’ai plus la télé.

    Mais sur le principe, j’ai adoré.

    Evidemment, j’étais du bon côté du téléphone (3 appels pendant l’émission) pour dire, "attend, on est pas le 1e avril, à tout hasard je mets la radio, et non, il n’y a rien".

    Cyniquement, je dirais que la RTBF a fait le boulot qu’on lui demande : faire pêter l’audimat avec du débat, du politique ou de la culture. Si ça plait pas, ne fermons pas boutique, réinterdisons la pub à la télé (ou plutôt, j’ai des tas de bonnes idées pour faire produire à la télé de service publique des "démontages de pubs et de produits" qui démotiveraient beaucoup d’annonceurs...) et refinancons notre télé publique.

    Mais surtout, non seulement le but (prétexte ?) est atteint (la rtbf et la vrt vont faire des émissions ensemble pendant la campagne electorale, par ex.), mais en plus les téléspectateurs ne vont plus faire confiance aveugle à leur petite fenêtre sur la vie.

    Evidemment, ça aurait été plus chouette que cette émission se passe en Flandre pour voir la réaction de la "majorité silencieuse" flamande par rapport au sujet, ou sur RTL (Ah ! les cris d’orffraie des (ir)responsables de cette chaîne sur le thème "nous jamais, déontologie et tout et tout...) qui comme TF1 "rend les cerveaux disponibles pour la pub".

    Mais faute de mieux, la remise en question de la télé, apôtre de la société de consommation, est toujours bonne. Et puis, ceci n’était possible qu’en Belgique, et, honte sur ce nationalisme primaire, j’en suis fier.

    Philippe Voglaire.

    NB /Il est quand même interpellant de constater que, si la population est très divisée sur cette émission (autour de moi c’est 60 pour /40 contre, TOUS les partis et personnalités politiques sont contre.


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