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Paroles d’expert... La jambe en l’air... Tralalilalère...

D 28 décembre 2005     H 06:20     A François Rygaert (aka Suske)     C 0 messages


Je ne trouve plus la source mais je sais que vous me ferez confiance. L’expert économiste en question existe et a été interviewé sur la radio publique belge dans la semaine qui vient de s’écouler... L’interrogation portait sur la perception de la réforme des prépensions dans le monde du business mondialisé. Mais que disait-il ?

En substance, le monsieur faisait appel au bon sens communément admis pour montrer qu’il fallait bien se préparer à souffrir, travailler plus et toute cette sorte de choses parce que sinon...

Donc il relavait, au hasard de ce qui l’intéressait :
- un taux de chômage important, aujourd’hui et demain
- le vieillissement de la population (les non-actifs du fait de leur âge seront un jour plus de 30%)
- que le système belge de sécurité sociale a été mis en place à une époque où le chômage était bas et où les pensionnés mourraient 7 à 8 ans après la pension.

Tout ça pour dire qu’avec un taux de chômage plus important et des pensionnés qui osent vivre encore 25 ans après la pension on va dans le mur, qu’il n’y a plus assez de gens qui travaillent pour payer tout ça et donc il fallait travailler jusqu’à 70 ans, revenir à la semaine de 40 heures (au moins), supprimer les prépensions, baisser les charges patronales, etc.

Les mesures préconisées par ces experts, on commence à connaître... Ce qui est plus surprenant c’est l’argumentation utilisée pour les justifier. Grosso Modo, si on suit sérieusement cette argumentation, on constate :

- elle est partiellement fausse : le taux de chômage de demain sera plus bas qu’aujourd’hui
- elle est totalement incomplète : elle ignore entre autres la quantité totale d’emploi, le nombre total de travailleurs,...
- la suivre ne mène pas au cataclysme annoncé : les marges budgétaires dégagées progressivement depuis le retour à l’équilibre permettront de faire face au surcoût !

En janvier 2002, le Bureau fédéral du Plan publiait une étude complète (200 p.) intitulée "Perspectives financières de la sécurité sociale 2000 - 2050". Vous la trouverez en lien mais je vous en cite quelques extraits :

Conclusion en matière de politique économique : des marges budgétaires à mettre en réserve

En ce qui concerne le financement du coût budgétaire du vieillissement, les conclusions de la présente étude concordent avec celles des études précédentes, à savoir que la baisse attendue des charges d’intérêts à l’horizon 2030 ou 2050 devrait être supérieure au coût budgétaire du vieillissement ; celui-ci pourrait donc être financé en recourant aux ressources libérées par le désendettement.

L’existence de surplus budgétaire avant 2010 permet d’absorber le coût budgétaire du vieillissement

La constitution d’un surplus budgétaire suffisant avant que le vieillissement ne produise ses pleins effets - qui "alimentera" éventuellement le Fonds de vieillissement - permet donc, conjointement à une baisse des charges d’intérêts, de financer le coût budgétaire de ce vieillissement sans devoir prendre de mesures d’économie.

Evolution du solde budgétaire, de la dette publique et des charges d’intérêts

Comme cela a déjà été mentionné, les projections internationales ne tiennent pas compte des stratégies budgétaires nationales. Les finances publiques globales et le désendettement sont simulés à politique constante. Dans un scénario aussi peu réaliste, les marges budgétaires disponibles sont entièrement affectées au désendettement.

Dans ce scénario, (...) la dette publique disparaît complètement en 2018 et ensuite des réserves se constituent. Enfin, les charges d’intérêts se transforment en recettes.

Que conclure ?

Pour ma part c’est assez clair :

- Une lance pour l’expert économiste :

  • tant qu’on diminue les charges, il est content et il fait peu de cas d’études sérieuses qui n’envisagent pas forcément le même train de libéralisations ("à politiques constantes" doit être une expression qui lui donne des cauchemars)
  • le credo est connu : si on ne diminue pas les charges sur l’entreprise (et les salaires en sont), le monde va a sa perte (enfin, la Belgique).
  • le terrain de jeu favori est connu : le "stock exchange", l’OMC [1] et la Commission européenne - leurs couloirs, suites d’hôtels, etc.

- Une lance pour le/la journaliste :

  • aucun esprit de contradiction, le gars répond à côté de la question, sort son laïus usuel et ... ça passe en intégralité à la radio...
  • ce n’est pas vraiment neuf mais ça ne s’arrange pas : la question de l’esprit critique est laissée à l’appréciation de l’auditeur.
  • cette ambiance libéralisatrice semble être inéluctable et on se demande si l’interviewer-euse n’en est pas convaincu...

Eh bien, il faut donc le redire : il y a des alternatives mais elles n’ont pas la cote et si on ne va pas les défendre nous-mêmes, il ne semble pas qu’il faille compter sur les experts économistes ni sur les journalistes pour ne fut-ce que les relever... Dans les médias, on attend les catastrophes : ça fait vendre...

Bonne année 2006 !


Voir en ligne : Perspectives financières de la sécurité sociale 2000 - 2050 : Le vieillissement et la viabilité du système légal des pensions


[1Au sujet de l’OMC, on ne répètera jamais assez qu’il s’agit d’un club international qui n’a RIEN de démocratique mais où l’on décide entre gens sérieux ce qui est bon pour les milliards d’autres

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